La trajectoire de la Route du Rhum : quelles sont les options ?

Chaque bateau au départ de la Route du Rhum choisira sa trajectoire en fonction de la météo.

Publié le : 22 novembre 20229 mins de lecture

Quatre ans après la dernière édition remportée par Francis Joyon, la Route du Rhum – Destination Guadeloupe connaît une nouvelle édition en 2022. La course transatlantique, très disputée, couvre comme à l’accoutumée, une distance totale de 3 542 milles nautiques, soit 6 562 km entre la France et la Guadeloupe.

Après le départ de Saint-Malo, précisément de la pointe du Grouin, dans l’après-midi du 9 novembre, les 138 marins en lice cette année ont pris la direction de Pointe-à-Pitre, sous-préfecture et port de la côte est de la Guadeloupe. Entre le départ en Bretagne et l’arrivée en Guadeloupe, les skippers font face à un parcours commun à tous. En revanche, chacun doit choisir une trajectoire, en fonction de son expérience et surtout en fonction des conditions météorologiques. Tour d’horizon des différentes options possibles.

Le départ et la descente de la Manche

Le départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe en novembre a lieu dans les frimas de l’automne. Les conditions météorologiques sont donc quasi hivernales et se caractérisent par un vent de dominante ouest et des vents à tendance ouest.

Les skippers commencent la course en traversant une partie de la Manche. Pour cette traversée délicate du fait du trafic maritime intense, ils sont appelés à faire une route plein ouest, avec un courant alternatif d’est en ouest. 

En suivant cette option, les marins font face à une mer casse-bateau, relativement courte à affronter. Pour cette première étape, il faut tâcher d’être dans le bon paquet à la sortie de la mer d’Iroise, en faisant attention à ne rien casser avant d’aborder le golfe de Gascogne.

La prudence est donc de mise, car dans certains marins avaient déjà fait les frais d’une traversée dangereuse à cette même étape. C’est le cas de Guy Delage qui, après le départ en 1982, avait vu Rosières, son Prao spectaculaire, se disloquer. Il faudra peut-être s’inspirer de la trajectoire de Sébastien Josse et de celle de François Gabart, qui lors de l’édition 2018, avaient réussi, à ce niveau même de la course, à prendre de la vitesse, respectivement à bord du Maxi Edmond de Rothschild et du trimaran Macif en 2018.

La traversée du Golfe de Gascogne

La traversée du Golfe de Gascogne se fait le plus souvent dans des conditions de régimes dépressionnaires. À cette période de l’année, le Golfe de Gascogne est, en effet, souvent balayé par des vents puissants. Les navigateurs doivent alors affronter des dépressions hivernales ainsi qu’une mer souvent forte. Pour passer cette étape, ils ont le choix entre :

  • contourner les dépressions en adoptant une trajectoire nord rapide et engagée ;
  • les contourner également par une route sud relativement maniable, mais avec le risque d’avoir le vent dans le nez ;
  • traverser les dépressions au plus court en prenant une voie médiane, mais avec le risque de s’exposer à certains pièges en zone de molle.

À cette étape de la course, tout est également question de stratégie et chaque skipper a la sienne. Sur la Route du Rhum 2018, par exemple, Loïck Peyron, victorieux sur la Transat Jacques-Vabre, la Transat anglaise, auteur de belles performances sur la Vendée Globe et victorieux sur la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2014, avait joué une option bien particulière.

Le navigateur nantais avait, en effet, fait de son mieux pour rejoindre les côtes nord de l’Espagne. Là, il avait usé d’une série de stratégies pour éviter les différents pièges locaux avant de plonger et d’attraper les alizés.

Le cap Finisterre

La traversée du cap Finisterre est synonyme de sortie du Golfe de Gascogne pour les skippers. Ces derniers y retrouvent des conditions de navigation plus favorables, mais doivent se décider rapidement parmi les choix stratégiques s’offrant à eux. Les options possibles sont les suivantes :

  • choisir la route au nord avec le risque d’affronter une série de dépressions de face ou de travers ;
  • opter pour l’orthodromie, c’est-à-dire la trajectoire la plus courte
  • plonger au sud, en longeant les côtes portugaises puis celles du Maroc, dans le but de trouver des alizés porteurs, mais avec pour conséquence d’allonger la route.

La traversée vers le sud

En gagnant le sud, les marins ont trois options en fonction de la position de l’anticyclone des Açores et du potentiel de vitesse de leur bateau. Les possibilités sont les suivantes : 

  • prendre une trajectoire directe, si l’anticyclone est positionné au nord ;
  • prendre une route très au sud afin d’attraper les alizés établis ;
  • choisir la voie médiane pour aller au sud.

La traversée de l’Atlantique avec arrivée sur l’arc insulaire des Petites Antilles

L’idéal à cette étape du parcours est d’opter pour une trajectoire vers l’ouest. En effet, à l’abord de l’Atlantique, les skippers ont de belles moyennes de vitesse du fait des vents portants. Ils doivent ensuite s’engager dans l’arc insulaire des Antilles où les phénomènes de grains s’enchaînent. Il revient dès lors à chaque skipper de trouver une stratégie pour éviter les pièges tout en optimisant la vitesse de son bateau afin de gagner des places.

La traversée de la Tête à l’Anglais et le tour de la Basse Terre

À ce niveau du parcours, l’arrivée se rapproche. Il faut cependant éviter les cailloux de l’îlot de La Tête à l’Anglais puis effectuer le tour de la Basse Terre, 80 milles avant l’arrivée dans la baie de Pointe-à-Pitre. Il s’agit d’un parcours semé d’embûches dans lesquelles l’illusion d’être arrivé et l’euphorie de la fin peuvent facilement entraîner.

Deux options de trajectoire s’offrent, en général, aux navigateurs.

Ceux-ci peuvent s’éloigner des reliefs de l’île afin d’éviter la zone de calme, mais avec le risque de rallonger la route. 

À l’opposé, ils peuvent naviguer au plus près de la côte en réduisant la distance. Dans ce cas, ils doivent, cependant, réduire la vitesse de leur bateau afin de ne pas tomber dans un trou de vent. De même, il faut éviter de trop se rapprocher des côtes, car les risques de casser son bateau sur une caye ou tout autre obstacle est grand et peut enterrer les espoirs de victoire à quelques kilomètres de l’arrivée.

 

 

 

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