Route du Rhum : retour sur l’exploit accompli par Francis Joyon

Publié le : 22 novembre 20228 mins de lecture

Vainqueur de la Route du Rhum – 11e édition en 2018, Francis Joyon et son trimaran de la classe Ultim « Idec Sport » ont fait la démonstration d’un duo performant remportant la 1re place à 7 minutes et 28 secondes près devant François Gabart et son trimaran Ultim « Macif ». Un tel duel en fin de course n’était pas une première. Mais l’envergure des bateaux ainsi que les personnalités des concurrents rajoutent une dimension supplémentaire à cette arrivée haletante. Comment se construit un tel exploit sur la Route du Rhum ? Comment ce sport est-il devenu un métier pour un skipper qui se définit lui-même comme « un Beauceron sur la mer » ? Focus sur Francis Joyon, son bateau et leur record dans la Route du Rhum – édition 2018.

La Route du Rhum : une course qui fait rêver

Le départ se fait de Saint-Malo en Bretagne, l’arrivée à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe (environ 6500 km). L’édition de la course est quadriennale et de nombreux bateaux peuvent franchir la ligne de départ grâce aux 6 catégories créées à cette fin :

  • Rhum mono ;
  • Rhum multi ;
  • Class 40 (monocoques) ;
  • Imoca (monocoques)
  • Ocean Fifty (multicoques) ;
  • Ultim (multicoques).

De grands marins professionnels côtoient alors des amateurs chevronnés sur cette légendaire course Transat. Depuis 1978, ce sont 12 éditions qui ont eu lieu et toutes ont vu leurs lots de joies et d’infortunes. Mais le constat est sans appel : des skippers (38 en 1978 contre 138 en 2022), comme du public (plus de 2 millions ont fréquenté le village de la Route du Rhum en 2022), le succès est croissant.

L’homme qui se cache derrière le skipper

Francis Joyon n’est pas né près de la mer. Natif de Hanches (près de Rambouillet) en 1956, il ne semblait pas prédestiné à devenir champion sur l’océan. S’imaginant lui-même aussi bien paysan ou artisan que marin. Mais la mer l’attire. Il devient moniteur à la célèbre école de voile des Glénans et convoyeur de bateau. Désormais, c’est sûr : la voile fait partie de lui.

1990 : il participe à sa première Route du Rhum à bord d’un voilier conçu d’autres morceaux de voiliers de course qu’il a rachetés et assemblés. La petite anecdote veut que son trimaran (trop long de plus de 2 mètres selon le règlement de l’époque) se soit vu « amputé » de l’étrave puis de l’arrière par son propriétaire afin de correspondre au règlement. Il est ainsi Francis : pragmatique et simple. Il finit 10e de l’édition 1990.

2000 : il remporte la transat anglaise en battant le record de l’épreuve (9 jours et 23 heures).

2002 : la 7e édition de la Route du Rhum voit Francis Joyon et son trimaran de 60 pieds « Eure et Loir » chavirer dans le golfe de Gascogne. Il attend dans sa cabine plusieurs heures avant que les secours arrivent. Abandon forcé, mais déterminé à recommencer.

2004 : record du tour du monde en solitaire sans escale avec son trimaran en 72 jours. Bien

que battu depuis, cet exploit lui vaut un mérite international.

2008 : élu « marin de l’année » par la fédération française de voile.

2010 : en 9 jours et 13 heures, il arrive deuxième à la Route du Rhum – 9e édition derrière Franck Cammas.

2018 : victoire sur la Route du Rhum – 11e édition, seulement 7 minutes et 28 secondes devant François Gabart. Pour sa 7e participation à la Route du Rhum, Francis Joyon termine premier en 7 jours, 14 heures et 21 minutes et peut rajouter ce record à son palmarès. Cette liste (loin d’être exhaustive) relate les grands faits d’armes d’un marin humble, discret et autodidacte.

« Idec » le trimaran Ultim de Francis Joyon, compagnon du record

Ancien maxi trimaran « Groupama 3 » et « Banque populaire XII », « Idec Sport » est construit en 2005 dans les ateliers Multiplast à Vannes après 130 000 heures de travail. Sans pouvoir énumérer ici toutes les victoires de ce bateau très réussi, il est important de rappeler qu’il a remporté trois éditions consécutives de la Route du Rhum :

  • 2010 avec Franck Cammas comme skipper en 9 jours, 3 heures et 14 minutes ;
  • 2014 avec Loïc Peyron en 7 jours, 15 heures et 8 minutes ;
  • 2018 avec Francis Joyon en 7 jours, 14 heures et 21 minutes.

Un bateau de classe Ultim qui a su prouver sa bonne conception à de nombreuses reprises et sous la main experte de grands skippers émérites.

Route du Rhum 2018 : l’homme et le bateau réunis… et un peu de chance aussi

Le record de la Route du Rhum 2018 est la synergie d’un skipper d’exception (Francis Joyon) avec un bateau qui a fait ses preuves (Idec Sport). La ligne de départ voit 123 concurrents s’élancer, 79 seulement termineront la course. Une météo difficile et des casses matérielles en cascade expliqueront ce résultat. Par ailleurs, dans la catégorie Ultim, Armel le Cleac’h doit abandonner le 6 novembre (après avoir chaviré), ce qui laisse le champ libre aux deux unités restantes dans cette catégorie : François Gabart à bord du maxi trimaran « Macif » et Francis Joyon à bord du maxi trimaran « Idec Sport ».

Alors que Francis Joyon avait 165 minutes de retard sur François Gabart au passage de « la Tête à l’anglais » le vendredi après après-midi avant l’arrivée, il arrive à le dépasser dans la

sortie du « canal des Saintes » à seulement 13 minutes de la ligne d’arrivée alors que son adversaire a établi une voile qui lui fait gagner en vitesse. Mais « Idec Sport » vire vers la ligne d’arrivée et il est désormais trop tard pour François de combler son retard.

Francis Joyon avoue lui-même avoir joué un « coup de poker » à environ 500 mètres avant la ligne d’arrivée en virant au travers d’un haut fond rocheux : « C’était quitte ou double. À deux secondes près, la victoire ou la honte, planté dans les rochers », avoue-t-il sur les pontons.

Il devance François Gabart de seulement 428 secondes après 7 jours de course. Une telle arrivée appelle forcément une revanche entre ces deux marins, amis avant tout.

 

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